Lâambiance est au rendez-vous dans la salle Debussy Ă lâoccasion de la projection du premier film du rĂ©alisateur chinois Yilin Chen Bo, Moneyboys. Pas un siĂšge de libre Ă lâhorizon, chose rare en cette pĂ©riode de quasi-dĂ©sertion des salles obscures. Yilin Chen Bo nous livre un portrait dĂ©sabusĂ© de la sociĂ©tĂ© chinoise contemporaine par le prisme du tabou de lâhomosexualitĂ© et de la prostitution. Le rĂ©alisateur jongle avec les contrastes : la rudesse des passes enchaĂźnĂ©es et des coups de reins abrupts ancre les protagonistes dans une rĂ©alitĂ© trĂšs Ă©loignĂ©e de leur soif dâidĂ©al. Le monde de la nuit est tantĂŽt avili tantĂŽt sublimĂ©. Lâapaisante lumiĂšre des luxueuses villas cĂŽtoie celle des nĂ©ons agressifs et des lanternes couleur carmin. La pluie aussi, le clapotement de la pluie sur la baie vitrĂ©e. La violence symbolique des traditions rurales rejoint la violence Ă©conomique des centres urbains. On ne peut quâĂȘtre Ă©mu face Ă tant de beautĂ©, dâintensitĂ© et de dĂ©tresse. Face Ă ces jeunes corps devenus prĂ©cipitamment adultes, ces torses dâApollon, ces bouches sensuelles⊠Face Ă la sagesse et le goĂ»t du sacrifice de ces garçons dĂ©vouĂ©s Ă leur famille. Moneyboys a dĂ©finitivement sĂ©duit le public cannois Ă entendre les bruits de couloirs.